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Chanter le Mantra: chronique d’une méditation exquise (et efficace).

chakra07

Je suis venue à la pratique méditative par la Méditation Transcendantale, après deux ans de méditations-bohème pratiquées à la vas-y-comme-je-te-pousse par certains auteurs New Age américains ou par des professeurs de yoga bien intentionnés mais visiblement inefficaces dans la transmission de l’expérience méditative paisible et joyeuse.

Les pensées en mots du quotidien familier: une cacophonie constante empêchant d’entendre quoique ce soit en Soi.

« Fermer les yeux et écouter votre enfant intérieur, il vous parle » entend-on parfois (je l’ai moi-même dit dans ma pratique de Conteuse), ou bien « laissez passer vos pensées » ou le très énigmatique « Feel the God within ». Oui, énigmatique. Parce qu’écouter le Dieu en soi quand notre esprit est rompu à fonctionner en roue libre sur un mode bien souvent intranquille n’est pas chose aisée. Mais l’intention est puissante objecterez-vous, paraphrasant à juste titre, l’ouvrage nécessaire de Wayne W. Dyer. Oui, répondrai-je, l’intention est puissante, c’est vrai. L’intention de votre professeur de yoga, de votre prêtre, de votre guru, de vos ennemis et même la vôtre. Mais vos pensées sont si familières alors que ce Dieu est si inconnu, ce contact si improbable. L’humain aime le familier et c’est tout naturellement, qu’en face de l’in-su, il ira s’y réfugier.

Par ailleurs, l’intention d’avant l’éveil n’est pas l’intention du méditant éveillé. Elle est une sorte de posture d’esprit motivé, un moment où la psyché se fige pour obtenir un résultat. La recherche de ce résultat est précisément ce qui empêche la plupart des méditants qui débutent de progresser et de rencontrer cette Source que l’on dit Intérieure….Ils cherchent un peu de répit ou la fin du stress. Les plus audacieux guettent le sentiment océanique ou une joie éternelle devant se manifester en 20 minutes-chrono avant qu’ils ne passent à table ou qu’ils aillent au bureau.

Utiliser le mantra, ou cesser d’utiliser les mots du quotidien familier et profane pour vivre l’expérience du Sacré.

Je me moque c’est vrai. Mais j’ai fait partie de ceux-là. Et à force de me visualiser dans le ciel ou sur une étoile sans pouvoir maintenir le bénéfice de cette émotion durablement en la transformant en état d’esprit, à force de me voir recouverte de lumière jusqu’à ce qu’une pensée déplaisante du réel ne vienne m’arracher à cette félicité que je savais de toutes façons feinte, je me suis dit que le verre était dans la pomme et que mon cerveau ne me ficherait jamais la paix si je lui donnais des pensées profanes pour expérimenter le Sacré. On ne mange pas sa soupe avec une fourchette. Les mots « dieu intérieur » appellent toutes sortes de dieux et toutes sortes d’intérieurs plein des fadeurs du quotidien et sans réelle beauté spirituelle: à l’intérieur, il peut y avoir un voleur, l’intérieur ce peut-être ma maison ou un ministère et dieu…oh lala, ce mot n’est plus ce qu’il était, il suffit de consulter l’actualité d’ici ou d’ailleurs pour que toutes sortes de laideurs y soient associées.

Donc pour mettre un terme à ma méninge vagabondante, j’ai décidé de pratiquer la MT et c’est en France que j’y ai été initiée, par deux professeurs qui ont vécu avec Le Maharishi dans les années 70. L’expérience humaine fut savoureuse et donner un mantra à penser à mon cerveau a été d’une efficacité redoutable. Oui, tout ce qu’on dit sur la Méditation Transcendantale est vrai et je ne peux que vous la recommander. Ma créativité s’est quintuplée, ma vie mentale s’est considérablement apaisée, ma vie matérielle a pris un tour intensément inattendu (et plutôt heureux), sans parler des bonds de géants dans ma vie spirituelle, qui m’ont permis de connaître les joies de la manifestation consciente.

Psalmodier pour ressentir le Divin, chanter le mantra pour être subjuguée par Lui.

Et comme l’Éveil ne finit pas de s’éveiller en nous une fois qu’il a commencé, il m’a fallu le nourrir d’une plus grande nourriture. En effet, l’âme, privée de sa nature véritable et de sa Source depuis trop longtemps, a faim d’une faim inextinguible. Ainsi, de fil en aiguille, de livres en livres, de prières en prières, d’expériences sacrées en expériences sacrées, c’est encore à la source qu’il a fallu retourner. À nouveau, j’ai recherché le pouvoir du Verbe qui Créé, de la Parole Dite alors que la MT m’a appris le pouvoir et la maîtrise des délices la Parole Enfouie. « We come full circle » comme on dit chez moi maintenant.

La première fois que j’ai entendu un mantra chanté, ou plutôt psalmodié, c’était dans la bouche de Dr. Pillai qui nous faisait découvrir son énigmatique et captivant « Brzee« . Une méditation véritablement surprenante, surtout lorsqu’il l’a termine en disant: « Now join me ». Je l’ai donc fait. Je l’ai rejoint avec la chorale des autres méditants et depuis, je psalmodie tous les mantras quand certains d’entre eux m’appellent tout naturellement à les chanter. Et c’est encore un pas de géant pour ma spiritualité, donc il me fallait partager cette expérience.

Psalmodier un mantra a un avantage: il réside dans son efficacité.

Reconnaissons-le : le problème des méditations tel qu’on nous les propose, c’est qu’elles sont souvent fastidieuses et nous donnent peu de bénéfices immédiats. Dans zazen, la méditation vipassana, la méditation de pleine conscience ou les méditations new-age, il faut attendre que quelque chose finisse par se produire. Un moment imprévisible où la méninge va vraiment partir en vacances, l’instant où la posture nous contraint tant qu’elle nous oblige à être là, un jour de grande fatigue physique ou mentale,  ou une conjonction heureuse des trois. Mais lorsqu’on psalmodie un mantra, c’est tout l’égo qui se momifie instantanément, toute la personnalité acquise qui se trouve déstabilisée parce qu’un rythme étrange est employé, des mots encore plus étranges sont scandés et le corps, le corps tout entier est engagé, sans douleur, naturellement. Un léger balancement se produit, une réaction du mental cherchant à nous rappeler que c’est lui qui contrôle notre corps, n’est-ce pas (?), un tour de passe-passe inutile pour l’arroseur arrosé parce qu’à la minute ou le corps se balance, une expérience transcendantale commence.

Une forme d’extase

Le corps danse sur une musique qui n’est pas une musique, fait une danse qui n’est pas vraiment une danse. Les mains se joignent. Des frissons vous parcourent le corps, croit-on, puis la colonne vertébrale, frétillant maintenant d’un plaisir qu’on accueille sur la tête et sur le sommet du crâne. Puis un autre rythme, un rythme plus mélodieux, s’immisce, apparaît. Comme si le mantra prenait possession de nous et voulait nous faire entendre sa propre musique. Comme s’il voulait être chanté pour nous emporter. Comme si Dieu, le fameux, l’invisible dont on entend parler tout le temps sans jamais pouvoir le voir était enfin là. Juste là, à deux notes d’un son ancestral qui se chante. Là, Dieu. Nous charmant, nous attirant en son délice comme Krishna charmant le Tout-Étant avec sa flûte.

On a quitté le corps depuis longtemps, en extase perceptible du Dieu Prégnant et de Soi seul(e). On aime d’un amour pur le Dieu contenu dans le mantra, ses formes se dessinant dans notre voix, sa main caressant notre éther dans une geste magistrale d’Éros, on sait instantanément ce que les Mystiques savent depuis longtemps, il se peut même que l’on pleure d’une chose plus imperceptible encore que la félicité. Et ça dure. Ça dure, ça dure, c’est fou ce que ça dure. On finit par avoir les yeux plein d’éternité et le cœur aussi. Et bien évidemment, le cerveau change. Dieu entre dans votre cerveau, comme Ganesha logé dans votre glande pinéale et prenant le contrôle des opérations. Comme un Christ vous soulevant la main et portant votre plume à votre place. Le regard devient plus perçant aussi, la colonne vertébrale plus droite. Lorsque je pratiquais zazen, j’ai entendu dire un jour d’une moniale: « Keep your back straight. God is in your spine ». « Tiens-toi droite, Dieu est dans ta colonne vertébrale ». Dos droit, estime de soi redressée comme pour toujours. Regard perçant, comme un serpent. Une montée de Kundalini régulière et sur commande en somme. Peut-être devient-on l’espace d’un instant, Shiva méditant. Peut-être le devient-on pour toujours.

Évidemment, être écrivain est une joie et recevoir les mots pour dire la rencontre avec Le Divin aussi. Mais en face de la force de cette expérience spirituelle, j’admets volontiers que mon Verbe Poétique aura lui aussi, toujours faim. C’est pour cette raison que je conclus cet article en vous encourageant à expérimenter vous-même(s) le chant du mantra. Écouter, voir et finir par chanter ce qui en soi jusque là ne se disait pas. À l’épreuve du mantra qui se chante, Dieu ne restera pas un Ça indéfinissable bien longtemps dans votre conscience. On est toujours ami ou amoureux de quelqu’un. Jamais d’un principe.

À consommer sans modération, à intégrer dans sa pratique méditative, à écouter en boucles, à absorber par tous les pores du corps, du cœur et du cerveau. Et que peut-il bien se passer lorsque vous pensez le mantra que vous avez chanté en méditant à longueur de journée? Reste t-il encore de la place pour vos pensées?

Je consacrerai un prochain article aux mantras et aux archétypes prodigieux qui s’incarnent en eux. Penser Dieu comme un principe informe, sans personnalité, est peut-être une vaste fumisterie qui empêche l’Éveil, la richesse spirituelle et matérielle.

À bientôt,
Prenez Soin de Lui en vous,
Atalante Lemuria pour Le Sanctuayre©