Je suis venue à la pratique méditative par la Méditation Transcendantale, après deux ans de méditations-bohème pratiquées à la vas-y-comme-je-te-pousse par certains auteurs New Age américains ou par des professeurs de yoga bien intentionnés mais visiblement inefficaces dans la transmission de l’expérience méditative paisible et joyeuse.

Les pensées en mots du quotidien familier: une cacophonie constante empêchant d’entendre quoique ce soit en Soi.

« Fermer les yeux et écouter votre enfant intérieur, il vous parle » entend-on parfois (je l’ai moi-même dit dans ma pratique de Conteuse), ou bien « laissez passer vos pensées » ou le très énigmatique « Feel the God within ». Oui, énigmatique. Parce qu’écouter le Dieu en soi quand notre esprit est rompu à fonctionner en roue libre sur un mode bien souvent intranquille n’est pas chose aisée. Mais l’intention est puissante objecterez-vous, paraphrasant à juste titre, l’ouvrage nécessaire de Wayne W. Dyer. Oui, répondrai-je, l’intention est puissante, c’est vrai. L’intention de votre professeur de yoga, de votre prêtre, de votre guru, de vos ennemis et même la vôtre. Mais vos pensées sont si familières quand ce Dieu est si inconnu, ce contact si improbable. L’humain aime le familier et c’est tout naturellement, qu’en face de l’in-su, il ira s’y réfugier.

Par ailleurs, l’intention d’avant l’éveil n’est pas l’intention du méditant éveillé. Elle est une sorte de posture d’esprit motivée, un moment où la psyché se fige pour obtenir un résultat et la recherche constante de ce résultat ralentira précisément la progression des méditants débutant et empêchera la rencontre de cette Source que l’on dit si mystérieusement « intérieure »… Les attentes des apprenti-méditants sont légion: répit,  fin des stress, guérison physique, mentale et émotionnelle etc. Les plus audacieux guetteront le sentiment océanique ou une joie éternelle devant se manifester en 20 minutes-chrono avant qu’ils ne passent à table ou qu’ils aillent au bureau.

Je me moque c’est vrai. Mais j’ai fait partie de ceux-là.

Utiliser le mantra, ou cesser d’utiliser les mots du quotidien familier et profane pour vivre l’expérience du Sacré.

À force de me visualiser dans le ciel ou sur une étoile sans pouvoir maintenir le bénéfice de cette émotion durablement en la transformant en état d’être, à force de me voir recouverte de lumière jusqu’à ce qu’une pensée déplaisante du réel ne vienne m’arracher à cette félicité que je savais de toutes façons feinte, je me suis dit que le verre était dans la pomme et que mon cerveau ne me ficherait jamais la paix si je lui donnais des pensées profanes pour expérimenter le Sacré. On ne mange pas sa soupe avec une fourchette. Les mots « dieu intérieur » appellent toutes sortes de dieux et toutes sortes d’intérieurs emplis des fadeurs du quotidien et exempts de beauté spirituelle: à l’intérieur, il peut y avoir un voleur, l’intérieur ce peut-être ma maison ou un ministère. Et « dieu »? oh lala! Ce mot n’est plus ce qu’il était, il suffit de consulter l’actualité d’ici ou d’ailleurs pour que toutes sortes de laideurs y soient associées.

Penser le mantra pour apaiser le mental et expérimenter la conscience vide.

Donc pour mettre un terme à ma méninge vagabondante, j’ai décidé de pratiquer la MT. J’y ai été initiée par deux professeurs de méditation ayant vécu avec Le Maharishi dans les années 70 et je les remercie encore pour cette expérience humaine savoureuse. Donner un mantra à penser au cerveau est d’une efficacité redoutable. La conscience se vide complètement et avec elle le corps aussi. On n’est plus là tout en étant là quand même. C’est une expérience enchanteresse, également à l’origine de la frustration de tout méditant pratiquant la MT, devenant obsédé par l’expérience de cet état-d’être-complètement-vidé-de-tout-mais-pas-de-Soi et cherchant à la revivre à tout prix. Vous pourrez lire l’article « Chronique Transcendantale d’une Méditante » le mois prochain mais en attendant, je confirme: oui, tout ce qu’on dit sur la MT est vrai et décemment, je ne peux que vous la recommander. Ma créativité a été quintuplée (centuplée serait plus exact),  ma vie mentale a été considérablement apaisée, ma vie matérielle a pris un tour intensément inattendu (et plutôt heureux), sans parler des bonds de géants dans ma vie spirituelle, grâce auxquels j’ai pu connaître les joies de la manifestation consciente.

Chanter le mantra pour ressentir Divin-Le-Grand-Tout et être subjuguée par Lui.

Toutefois, l’Éveil ne finit pas de s’éveiller en nous une fois qu’il a commencé, il m’a fallu le nourrir d’une plus grande nourriture. En effet, l’âme, privée de sa nature véritable et de sa Source depuis trop longtemps, a faim d’une faim inextinguible. Ainsi, de fil en aiguille, de livres en livres, de prières en prières, d’expériences sacrées en expériences sacrées, c’est encore à la source qu’il a fallu retourner. À nouveau, j’ai recherché le pouvoir du Verbe Créant, de la parole dite alors que la MT m’a appris le pouvoir et la maîtrise des délices la parole enfouie. « We come full circle » comme on dit dans le chez-moi qui est chez moi maintenant.

J’ai entendu le mantra chanté et psalmodié pour la toute première fois à l’occasion d’un Rudrabishek, une matinée de chant rituelle dédiée à l’archétype Shiva, il y a deux ans. Je ne connaissais pas « les paroles » mais j’avais l’impression de connaître le mantra, de le connaître à un niveau intime, comme si une chose en moi était faite de ce son. Envoûtée par ce rite, j’ai voulu approfondir l’expérience du mantra psalmodié en pratiquant Soham Shivoham. Aujourd’hui, je médite des heures durant, par pur plaisir pour le ressenti procuré par le mantra, par pur plaisir d’être en contact avec Lui. Ah, cette Source, quelle séductrice!

Une pratique méditative efficace immédiatement.

Reconnaissons-le : le problème des méditations tel qu’on nous les propose, c’est qu’elles sont souvent fastidieuses et nous donnent peu de bénéfices immédiats. Dans zazen, la méditation vipassana, la méditation de pleine conscience ou les méditations new-age, il faut attendre que quelque chose finisse par se produire. Un moment imprévisible où la méninge va vraiment partir en vacances, l’instant où la posture nous contraint tant qu’elle nous oblige à être là, un jour de grande fatigue physique ou mentale,  ou une conjonction heureuse des trois. Mais lorsqu’on chante un mantra, c’est tout l’égo qui se momifie instantanément, toute la personnalité acquise se trouvant déstabilisée parce qu’un rythme étrange s’empare d’elle, des mots encore plus étranges sont scandés et le corps, le corps tout entier s’engage naturellement. Un léger balancement du corps se produit, une réaction (probablement désespérée) du cortex cherchant à reprendre le contrôle, comme dans zazen où l’on s’engage à rester immobile pendant 20 minutes ou plus et qu’au bout de 5 minutes, l’envie nous vient brusquement de nous gratter, de tousser, d’essuyer nos yeux larmoyant, de desserrer ce kimono etc. Notre cher cerveau préfrontal nous rappelle ce faisant qu’il est chef de ce corps et qu’il le fera bouger s’il le veut. Pourtant, lorsqu’on chante le mantra, ce même tour de passe-passe du cortex contrôlant entre en jeu et se fait duper, comme l’arroseur arrosé. En effet, à la minute où le corps commence à se balancer au rythme du mantra, une expérience transcendantale très forte va commencer.

Une forme d’extase.

Le corps danse sur une musique qui n’est pas une musique, fait une danse qui n’est pas vraiment une danse. Les mains se joignent. Des frissons vous parcourent le corps, puis la colonne vertébrale, le tout frétillant d’un plaisir qu’on accueille sur la tête et sur le sommet du crâne. Puis un autre rythme, un rythme plus mélodieux, s’immisce, apparaît. Comme si le mantra prenait possession de nous et voulait nous faire entendre sa propre musique. Comme s’il voulait être chanté pour nous emporter.

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Là, Dieu. Nous charmant, nous attirant en son délice comme Krishna charmant le Tout-Étant avec sa flûte.

On a quitté le corps depuis longtemps ici aussi, mais contrairement à la MT, ce n’est pas le vide qui nous accueille quand on chante le mantra, c’est une extase puissante, immédiate et délicate à la fois, qui n’est perceptible par personne d’autre que soi et par Ledit Dieu occupé à remplir tout notre être de sa tendre présence. On aime d’un amour pur le Dieu contenu dans le mantra, ses formes se dessinant dans notre voix, sa main caressant notre éther dans une geste magistrale d’Éros, on comprend -au sens premier de « prendre avec soi »- ce que les Mystiques nous disent depuis longtemps et on sourit de savoir qu’ils avaient  raison. On sourit comme en amour, comme quand on est un peu fou dans l’état amoureux et qu’on pense à l’étreinte douce de l’amant absent. On peut pleurer aussi. Pleurer des pleurs de retrouvailles. Pleurer d’une chose plus imperceptible encore que la félicité. Et ça dure. Ça dure, ça dure, c’est fou ce que ça dure. On finit par avoir les yeux plein d’éternité et le cœur aussi. Et bien évidemment, le cerveau change puisque votre vie change. Dieu entre dans votre cerveau, comme Ganesha irait se loger dans votre glande pinéale pour prendre enfin le contrôle des opérations. Comme Le Christ rentrant dans votre main pour porter votre plume à votre place. Le regard devient plus perçant aussi, la colonne vertébrale plus droite. Un jour de zazen, une moniale m’a corrigée: « Keep your back straight. God is in your spine ». « Tiens-toi droite, Dieu est dans ta colonne vertébrale ». Dos droit, estime de soi redressée comme pour toujours. Regard perçant, comme un serpent. Une montée de Kundalini en flux continu, en somme. Peut-être devient-on Shiva méditant calmement sur le mont Meru, l’espace d’un instant. Peut-être devient-on Le Shiva Méditant pour toujours.

Évidemment, être écrivain est une joie et recevoir les mots pour dire la rencontre avec Le Divin aussi. Mais en face de la force de cette expérience spirituelle, j’admets volontiers que mon Verbe Poétique aura, lui aussi, toujours faim. Pour cette raison, je dois conclure cet article, malgré tout le délice qu’il me procure. Je le conclus et vous encourage à expérimenter vous-même(s) le chant du mantra. Écouter, voir et finir par chanter cette chose en soi ne se disant pas. À l’épreuve du mantra chanté, Dieu ne restera pas un Ça indéfinissable bien longtemps dans votre conscience. On est toujours ami ou amoureux de quelqu’un. Jamais d’un principe.

Quelques exemples de mantra-sources à fredonner intérieurement ou extérieurement, amoureusement.

Les Rishis de notre temps sont nombreux à populariser les mantras et vous pouvez aisément commencer le chant du mantra en employant des « beej », c’est-à-dire des mantra d’un mot. En voici quelques-uns, que j’ai beaucoup de plaisir à chanter. Ils portent diverses énergies, produisent diverses manifestions. Oui, j’ai bien écrit « produisent ». Le mantra est l’essence même de la parole performative. Il délivre toujours ce qu’il promet. Un vieux livre d’histoires jolies nous raconte que le verbe a créé le monde. Le verbe est peut-être ce que nous avons appelé « Dieu » après tout. Et ce « Dieu » est peut-être un mantra, ou dans le mantra, qui sait?

 

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Om – Le son primordial de l’acte de création, l’état de conscience unifiée de l’Homme et de sa Source, la passerelle entre le rêve et l’état de veille. Ce mantra mériterait à lui seul, un livre entier. 

 

Screen Shot 2017-09-28 at 15.41.20Kleem – L’essence de l’amour, le lien, dans ce qu’il a de plus harmonieux    et de plus joli.

 

Screen Shot 2017-09-28 at 15.42.10Shreem – La prospérité, la richesse matérielle et spirituelle.

 

Et il y a bien évidemment des mantras beaucoup plus « bavards » comme Sarvesham Svastir Bhavatu, une prière de bénédiction chantée à l’endroit de tous les êtres vivants. Une très belle méditation à intégrer à sa pratique quotidienne pour ne pas oublier d’aimer l’autre, les autres, la planète et toutes choses conscientes d’ici ou d’ailleurs. L’interprétation de Sarvesham par Tina Turner est sublime et je la joins ici pour vous inspirer! Nous connaissons Tina La Tigresse mais cette Tina-là aussi gagne à être connue. Merveilleux mantra, chant majestueux et plein de puissance. Merci Tina.

 

 

Il existe par ailleurs plusieurs mantras chantés sur la toile. Pourquoi ne pas choisir celui qui vous attire et l’essayer? 🙂 Consommez-le sans modération, écoutez-le en boucles au bureau, en passant l’aspiro, dans le taxi, le métro, en svanasana, sous la douche, absorbez-le par tous les pores du corps, du cœur et du cerveau. Et voyez ce qu’il se passera quand le mantra aura charmé votre cerveau. Vous m’en direz des nouvelles et je sais d’avance qu’elles seront exquises.

Le temps viendra pour moi de consacrer un article dédié aux mantras spécifiquement  et aux archétypes prodigieux incarnés en eux. Dans l’expérience extatique du chant, les mantras se comportent comme s’ils avaient une personnalité et les Vedas nous disent que c’est bien le cas. Je me demande si le fait de penser Dieu en principe informe dénué de toute personnalité comme nous le faisons en Occident n’empêche pas d’accéder à l’Éveil, mais aussi à la richesse matérielle…

À très bientôt, Amis dans Le Sanctuayre© et
Prenez Soin de Lui en vous,

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